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" Les peintres témoins de leur temps " : longtemps,
l'intitulé de ce salon parisien, né dans les années cinquante, m'a fait
rire. Les thèmes traités (" le dimanche ", " le bonheur " ou " les conquêtes
de la science moderne " ), qui semblent rétrospectivement tout droit sortis
du cerveau de Bouvard et Pécuchet, peuvent encore divertir. A quoi bon,
me disais-je, prostituer la peinture dans la futile entreprise de témoigner
de son temps ? Les journalistes et les photographes sont désormais là
pour ça. On témoigne de son temps avec les moyens de son temps. Mais je
me trompais, sur ce dernier point au moins. A qui n'a pas connu (c'est
évidemment mon cas) le Berlin des années vingt, il se pourrait bien que
le Portrait de Sylvia von Harden ou le triptyque Metropolis restituent
aujourd'hui quelque chose de l'époque qu'on ne trouvera chez aucun mémorialiste
avec la même force - peut-être bien parce qu' Otto Dix ne voulait justement
pas faire une peinture qui soit d'actualité : ses sujets étaient de son
temps, mais sa manière était nourrie du regret de Cranach, de Dürer et
de Hans Baldung Grien. Si la peinture, au moins celle qui mérite ce nom,
a dédaigné les sujets d' époque pendant des décennies, de grands dessinateurs,
savamment abrités derrière l'étiquette infâmante du comic strip, ont cependant
continué de capter l'esprit du temps du bout du crayon ou du pinceau.
Je ne connais pas de meilleure analyse stylistique de l'architecture des
années cinquante que les représentations qu'on en voit dans les albums
de Spirou (sous la plume de Franquin ou de ses assistants, dont Willy
Maltaite). Quand on voudra montrer à quoi ressemblait un corps dans les
années soixante-dix, un dessin de Robert Crumb sera mille fois plus juste
que toutes les photographies de mode qu'on pourra rassembler. Les peintres témoins de leur temps : for a long
time the name of this parisian gallery established in the fifties, made
me chuckle. The subjects exhibited - "Sundays", "Happiness" or "Conquests
of modern science" - which in hindsight seem to have been directly dreamt
up by Bouvard and Pécuchet, still entertain us. What's the point, I wondered,
of explointing art in the futile attempt to portray our times? That is
now the job of journalists and photographers. Artists portray a period
with the tools of their period. But it was wrong, at least about that
last point. For someone who did not experience Berlin in the twenties
( myself included obviously), the portrait of Sylvia von Harden or the
Metropolis triptych seem now to convey an aspect of the period that one
cannotfind so effectively from any artist of the time - maybe because
Otto Dix did not intend his painting to be current: his subjects were
of this time but his style was inspired by nostalgia for Cranach, Dürer
and Hans Baldung Grien. Whilst renowned painters, at least those who merit
this title, have portrayed currently relevant subjects for decades, the
great cartoonists, skilfully sheltered behind the infamous comic strip
label, have nevertheless continued to capture the spirit of the time via
their drawings or paintings. I can think of no better stylistic architectural
analysis in the fifties than the Spirou albums (written by Franquin or
his assistants, including Willy Maltaite). If you whish to see how people
looked in the seventies, a drawing by Robert Crumb is a thousand times
more representative than all the fashion photographs that you could find
of the time. "I pittori del loro tempo":
durante un longo periodo, il titolo di questo salone parigino, nato neglianni
cinquanta, mi ha fatto sorridere. I temi trattati ("la Domenica",
"la felicita" o "le conquiste della scenza moderna"),
che, retrospettivamente sembrano uscire direttamente dal cervello di Bouvard
e Pecuchet, possono ancora divertire. A cosa serve, mi decevo, prostituire
la pittura nella futile impressa di testimoniare il proprio tempo? Ci
sono ormai per questo giornalisti e fotografi. Si testimonia del proprio
tempo con i mezzi del proprio tempo. Ma mi sbagliavo, almeno su quest'ultimo
punto. A chi non ha conosciuto (é evidentemente il moi caso) la
Berlino degli anni venti, il portrait de Sylvia von Harden o il trittico
Metropolis potrebbero restituire oggi qualcosa dell'epoca che é
impossiibile trovare con la stessa forza in un memorialista - forse perché
Otto Dix non voleva, giustamente, fare una pittura che sia d'attualita:
i soggetti erano del suo tempo ma la maniera era intrisa del rimpianto
di Cranach, di Durer e di Hans Baldung Grien. Se la pittura, almeno quella
che merita questo nome, ha disdegnato i soggeti d'epoca per decenni, alcuni
grandi disegnatori, sapientemente protteti dietro l'etichetta infamante
del comic strip, hanno contemporaneamente continuato a captare attraverso
la punta della matita o del pennello l'essenza dell'epoca. Non conoscon
nessuna analisi stilistica relativa all'architectura degli anni cinquanta
che sia migliore delle rappresentazioni che si vedono negli album di Spirou
(dietro la penna di Franquin o i suoi assistenti, tracui Willy Maltaite).
Quando si vorra mostrare come era un corpo negli anni settanta, un designo
di Robert Crumb sara mille volte piu corretto di tutte le fotographie
di moda che si potranno riunire. Didier Semin
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