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Les pinceaux qu'utilise Julien
Beneyton sont d'une extrême finesse, de ceux qu'employaient Pisanello
pour ciseler un semi de fleurs et Van Eyck pour pousser l'exactitude jusqu'à
la croisée d'une fenêtre invisible dans le lointain.
Julien Beneyton, quant à lui, détaille la panoplie d'un rappeur jusqu'à
la marque portée par ses écouteurs et précise les inscriptions d'une enseigne
normalement inaccessibles au regard.
Le rapport entre les maîtres anciens et l'artiste sont de l'ordre de la
filiation, non du pastiche ou du remploi. Chez eux, comme chez Beneyton,
il y a cette volonté de porter vers le regard tout ce qui peut l'être.
Cependant, les premiers célébraient ainsi la création divine. Chez Beneyton,
il s'agit d'une passion pour la réalité et pour les personnes qui l'habitent.
S'il peint des rappeurs, c'est parce qu'il en est proche. Mais s'il se
rend en Mauritanie ou au Sénégal, il représente alors les personnes qu'il
a croisées et qui ont intéressé son regard.
Pourtant une telle passion ne vaut que parce qu'elle conduit à la peinture,
c'est-à-dire, dans son cas, à une transformation de toute chose en un
univers purement visuel et, en outre, au fait d'en pousser la visibilité
à son point extrême. Celle-ci parvient à un degré tel que, paradoxalement,
elle devient quasiment insaisissable pour l'œil. Sollicité en tout sens,
happé par les moindres recoins du tableau, l'œil est mis à l'épreuve :
sait-il appréhender les choses, les reconnaître et leur rendre ainsi hommage
?
Cette inquiétude du regard est aussi celle de l'artiste qui n'a de cesse
d'avoir rendu son tribut au monde d'affiches, d'enseignes, de tags, au
peuple de SDF ou de commerçants, qui attendent leur tour. Pourtant, la
lenteur de la peinture impose son rythme à la création, rappelant que
l'urgence du sujet est précédée, toujours, par les exigences de la peinture.
Anne Malherbe

The paintbrushes used by Julien Beneyton are extremely fine, similar to
those used by Pisanello to chisel myriad flowers and by Van Eyck to refine
the level of detail down to an invisible casement window in the distance.
As for Julien Beneyton, he depicts a rapper's outfit with such precision
that the brand of his headphones is visible and even goes to show the
inscriptions on a neon sign that would not normally be decipherable.
The link between old masters and the artist is a form of descent, not
pastiche or recycling. Beneyton shares with the masters a desire to bring
to the eye anything that can be shown. While old masters thereby celebrated
divine creation, for Beneyton painting is the expression of a passion
for reality and the people who inhabit it.
He paints rappers because he is close to them. But if he travels to Mauritania
or Senegal, then he portrays the people he has come across and who have
caught his eye.
Yet such a passion is only truly interesting in so far as it leads to
painting, that is to say, in this case, to a transformation of all things
into a purely visual world and, besides, to the ability to push its visibility
to the extreme. This visibility reaches such a degree that, paradoxically,
it becomes almost impossible for the eye to grasp. Stimulated all round,
pulled in every direction and in every corner of the painting, the eye
is put to the test : is it capable of comprehending things, of recognising
them and so of paying tribute to them ?
Thus the eye's unrest is the artist's, who is forever paying tribute to
the world of posters, signs, tags, homeless people or shopkeepers, which
all await their turn. Neverthless, the slowness of paintings imposes is
rhythm on the creation, reminding one that the urgency of the subject
is always preceded by the requirements of painting.
Anne Malherbe

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